C’est quoi le עין טובה (Ayin Tova) ?
Introduction
Aujourd’hui on parle de עין טובה — l’Ayin Tova. Pour entrer dans le sujet, commençons par la définition qu’on donne souvent : לְדון לְכף זכות, « juger favorablement ». « כף », c’est la paume, et c’est aussi la partie de la balance qui ressemble à une paume. Donc לְדון לְכף זכות : juger en penchant la balance du bon côté.
Mais avant d’expliquer ce qu’est l’Ayin Tova, il faut d’abord répondre à une objection honnête : qu’est-ce qui nous dérange dans le fait de juger favorablement ?
Tu vois un homme qui fume une cigarette שבת dans sa voiture, et quelqu’un dit : « Non, en fait il amène sa femme à accoucher. » Ce qui dérange là-dedans, c’est que ce n’est pas vrai. Et on se dit : pourquoi la Torah me demande d’être dans le faux ? Deux critiques se posent naturellement. Premièrement, ça a l’air hypocrite, c’est du mytho. Deuxièmement, ça n’arrange absolument pas le monde. Si tu veux améliorer les choses, il ne faut pas les mettre sous le tapis. Dire « comme il est gentil cet assassin » ne transforme pas l’assassin. Alors que nommer le danger, c’est ce qui permet d’agir.
Ce sont des critiques sérieuses. C’est précisément pour ça qu’il faut bien définir ce qu’est l’Ayin Tova — et surtout ce qu’elle n’est pas.
Le sens critique : nécessaire mais dangereux
L’עין רעה, le fait de voir les choses négativement, vient de ce qu’on appelle en hébreu רוח ביקורת — l’instinct critique, le sens critique. La question est donc : le sens critique, c’est bien ou pas bien ?
Un Rav disait : le sens critique a été créé pour soi-même. Comme c’est difficile de s’autocritiquer, on le retourne vers les autres. Mais c’est une faiblesse. Et même sur soi, s’il est trop développé au point de se descendre complètement, ce n’est pas bon non plus — la limite peut être franchie dans les deux sens.
Quel est alors l’équilibre ? Si la critique pousse à améliorer, non seulement elle est bonne, mais elle est obligatoire. Quelqu’un qui ne voit pas ses manques, ni les manques du monde, ne peut pas améliorer. Il faut voir les manques — sans forcément juger — mais pour réparer.
Par contre, si la critique pousse à la non-action, au jugement définitif du type « vu que c’est nul, ça ne me concerne plus, j’abandonne » — là, elle a dépassé sa place. Le monde chrétien a pu critiquer העולם הזה au point de dire qu’il n’est pas digne d’exister, que le but n’est plus de réparer mais de fuir. Si la critique définit quelque chose comme sans espoir et ne pousse pas à agir, elle dépasse sa limite.
Tant que la critique pousse à agir, qu’elle dit « il manque quelque chose ici », c’est génial. C’est même peut-être ce qui nous différencie des animaux. Les chats n’ont pas amélioré leur mode de vie depuis 5000 ans — ils n’ont pas développé de système pour ne plus dépendre des restes du samedi soir, parce qu’ils vivent « ce qu’il y a ». L’homme, lui, ressent le manque et cherche à le combler. Même Apple : iPhone 17, 18, 19… On peut parler de motivations égoïstes, mais ça montre cette tendance humaine fondamentale — voir le manque et le combler.
Ce sens critique est donc naturel chez l’homme, et très important, parce que l’homme a été créé pour être שותף, associé avec הקדוש ברוך הוא dans la réparation du monde. Le danger, c’est uniquement quand ce sens dépasse sa limite : il ne nous sert plus, il nous dessert, et on tombe dans עין רעה. Définition : un sens critique trop développé, jusqu’à ne plus vouloir améliorer et rester dans le jugement négatif.
Shabbat nous sauve de l’Ayin Raa
Comment se préserver de l’עין רעה ? Baroukh Hachem, on a שבת.
Première source : la גמרא dans שבת dit : « כל המקיים שלוש סעודות בשבת ניצול משלוש פורענויות » — celui qui accomplit les trois repas de Shabbat est sauvé de trois calamités : מחבלו של משיח, מדינה של גיהנם, et ממלחמת גוג ומגוג. Quel rapport entre manger les trois séoudot à Shabbat et être sauvé de tout ça ?
Shabbat, c’est le moment où il n’y a rien à améliorer. Tout est déjà prêt. Et d’ailleurs, on n’a pas le droit d’améliorer. Si on veut définir une מלאכה interdite, les ל״ט מלאכות, ce qui revient souvent c’est qu’une מלאכה, c’est une amélioration pour l’homme. Trier : tu améliores, tu enlèves le mauvais. Cuire : tu améliores, c’était cru, c’est mangeable. L’ambiance de Shabbat qu’on recherche, c’est : tout est prêt, tout va bien, rien à améliorer. C’est l’inverse des ימי חול où on doit « faire », agir, améliorer.
Il y a ici une contradiction apparente dans la création. Le sixième jour : « וירא אלקים את כל אשר עשה והנה טוב מאד » — tout est très bien. Et juste après : « אשר ברא אלקים לעשות » — Dieu a créé « pour faire ». D’un côté tout est très bien, de l’autre il reste à faire. Ça casse un paradigme — souvent celui des perfectionnistes : « seulement si tout est parfait, alors c’est bien. » Hachem n’a pas créé le monde comme ça. Il a créé un monde qui est « top », vraiment au top, et pourtant il reste une tonne à faire. Les deux réalités cohabitent : très bien, et très à améliorer. C’est une porte vers l’Ayin Tova.
Shabbat, c’est donc le moment où tu mets l’œil critique sur off. Tu arrêtes de regarder les manques. Tout est bien. Tu n’as pas le droit d’améliorer, tu n’as pas non plus le droit de regarder ce qui manque. Tu n’as pas le droit de lire des journaux remplis de malheurs. Tu n’as pas le droit de donner de mauvaises nouvelles Shabbat, sauf raison claire. Il y a des histoires de gens qui ont appris une mauvaise nouvelle pendant Shabbat et l’ont gardée jusqu’à מוצאי שבת, parce qu’il n’y avait aucune raison de la dire avant. Parce qu’on est dans עולם שבת, tout va bien.
Pendant les six jours, oui, tu dois regarder ce qui manque pour améliorer. Mais Shabbat, tu restes dans « ce qui va ».
Pourquoi ça « sauve » de חבלו של משיח, דין גיהנם, מלחמת גוג ומגוג ? Le מהר״ל explique que ce sont des critiques envers הקדוש ברוך הוא. Les souffrances du Machia’h : le monde arrive à une amélioration, mais de manière surprenante, douloureuse, comme une naissance. Ça peut éveiller une critique : « Si c’était moi, j’aurais amené la גאולה autrement. Pourquoi autant de guerre ? » La rigueur absolue du din : « Pourquoi autant de rigueur ? » Gog ou Magog : pareil, des choses qui arrivent d’une manière critiquable.
Si tu n’as que l’œil critique, tu souffres de tout ça. Et des gens vivent comme ça aujourd’hui — tout va mal. D’autres vivent dans : on est au top. C’est une question de regard.
« Manger les trois séoudot à Shabbat », ça veut dire garder ce Shabbat dans son esprit. Pourquoi les repas de Shabbat ne ressemblent pas à ceux de la semaine ? Parce qu’en semaine tu manges pour avoir des forces pour continuer à travailler, à améliorer. Shabbat il n’y a rien à améliorer, tu as du temps, tu peux chanter, prendre quatorze salades. Les repas sont longs, tu es dans une ambiance « tout est déjà prêt ». Et ce regard-là, grâce aux séoudot, te préserve d’un regard trop critique au moment de la גאולה et de Gog ou Magog.
Définitions et réparations : la distinction fondamentale
Comment garder l’Ayin Tova en permanence ? Il faut distinguer deux domaines :
1. Le monde des הגדרות — les définitions : comment je définis une chose ?
2. Le monde des תיקונים — les réparations : comment j’améliore, je répare ?
Comment définit-on une personne ? Souvent selon la majorité. C’est marqué dans le שולחן ערוך. Aujourd’hui, « צדיק » est devenu « צדיק גמור », une personne unique et exceptionnelle. Mais dans le Shoul’han Aroukh, צדיק ou רשע, c’est simplement : est-ce qu’il fait plus de bien que de mal ? S’il a 51% de bien, il est appelé « צדיק » dans sa définition. Attention : ça ne veut pas dire qu’on est מוותר sur les 49% de mal. Pas du tout. Ces 49% appartiennent au monde des תיקונים — il faut réparer, et s’il ne répare pas, il y a des conséquences. Mais la définition de base est selon la majorité.
Exemple en כשרות : ביטול בשישים. Une tranche de porc tombe dans un plat de viande cachère. On calcule : moins d’un soixantième, c’est annulé, et la personne mange le plat. Physiquement, elle a ingéré ce qui est tombé dedans. Mais selon la Torah, la définition du plat est : un plat cachère. Autre exemple : santé. Ce n’est pas parce que tu as mal au pied ou une grippe que tu es défini « malade » חס ושלום. Tu es בריא, en bonne santé, avec un problème.
C’est fondamental : définition globale d’un côté, réparations de l’autre. Tu peux dire « c’est un plat cachère » et « ce serait bien d’éviter ce cas à l’avenir ». Tu peux dire « c’est une personne צדיק » et « il y a des choses à améliorer ». Ça change tout, parce que ça remet le sens critique à sa place.
Exemple concret : tu as nettoyé toute ta maison pour faire une surprise à ton mari. Il arrive, regarde un coin où il reste un peu de poussière, et dit : « Mais là c’est sale, c’est pas nettoyé. » Ça, c’est de l’עין רעה — il ne prend pas en compte le מִרובו, la majorité, la définition générale, et il ne voit que le négatif. Il change la définition pour un détail. C’est factuellement faux. Même scientifiquement on ne fait pas ça : une solution aqueuse avec un micro-pourcentage d’acide ne change pas de définition en deux secondes — on dit « solution aqueuse avec un peu d’acide ». Pareil ici : « La maison est propre et rangée, mais il reste cet endroit à dépoussiérer. »
Donc l’עין טובה, ce n’est pas du mytho, ce n’est pas mettre les problèmes sous le tapis. C’est au contraire voir la réalité — c’est-à-dire la définition globale — puis identifier ce qu’il faut réparer.
Et d’ailleurs, quand on critique quelqu’un, si on commence par la définition avant la critique, c’est beaucoup mieux accepté. Parce que ça enlève le sentiment d’injustice. Dire « vu qu’il reste un coin sale, la maison est sale », c’est un mensonge — prendre un détail et lui faire définir le tout. Face à un mensonge, on ressent naturellement l’injustice.
Important : ce n’est pas une technique de manipulation du type « je dis quelque chose de positif pour faire passer la critique ». C’est vrai. Se rappeler la définition réelle de la personne avant de pointer où elle a failli.
Un enfant mord sa sœur une fois — ça ne veut pas dire que c’est « un enfant violent » חס ושלום. Sa définition globale, si c’est vrai : gentil, respectueux, etc. Et ensuite on réfléchit : pourquoi il a mordu, était-il fatigué, énervé, et comment améliorer. Mais on ne change pas sa définition pour un acte isolé.
L’Ayin Tova est donc très « scientifique » : quelle est la définition globale ? Et ensuite, quels תיקונים ? Pour ça, il faut un zoom out, un recul.
On l’apprend de plusieurs endroits. Hachem sur le monde : « וירא את כל אשר עשה » — le mot « כל » est très important. כל אדם לְכף זכות. On trouve la כף זכות quand on voit le « כל », le tout. Si on ne voit que les détails, on peut rendre n’importe qui « רשע », parce que personne n’est sans faute.
Et le פסוק : « כי שבע יפול צדיק וקם » — le צדיק tombe sept fois et se relève. Il est appelé צדיק même quand il tombe. Pourquoi ? Parce qu’au niveau de sa כללות, il est צדיק. Ça remet la critique à sa place.
En résumé : 1. quelle est la définition globale de la situation ou de la personne ? 2. ensuite, qu’est-ce qu’il faut réparer ?
Et quand il nous arrive des choses négatives, il faut faire pareil. Le יצר הרע est très critique, il voit finement tout ce qui manque, et il peut dire : « Regarde comme ça ne va pas… tout est foutu… la vie est noire. » Et là, on n’a pas fait le zoom out.
Le zoom out, ce n’est pas « viens on se ment à soi-même, on cherche une נקודה טובה artificielle ». Non. C’est revenir à des fondamentaux vrais : je suis en vie, je suis en Israël, Dieu a donné la Torah. Ce sont des faits. Et ensuite : « ok, là il y a ce truc difficile, il faut l’améliorer » — mais au moins, il est à sa place.
לְדון לְכף זכות, ce n’est donc pas du mytho. C’est voir le fondamental, la définition, et dire : « 51% ». Ça ne veut pas dire qu’on ne s’occupe pas de ce qu’il faut réparer — mais on ne perd pas le regard général.
עין טובה : « bon œil ». On dit « regard bienveillant », mais en vérité c’est le regard qui voit bien, qui voit la réalité. עין רעה voit mal, flou, comme un myope. עין טובה voit la généralité et les détails à améliorer. Je ne perds pas mon regard global à cause d’un événement particulier. On a cassé le vélo — événement particulier, mais je ne change pas ma définition globale de la personne pour ça.
Et heureusement pour nous aussi : on fait des erreurs, et on ne perd pas notre définition globale à chaque erreur, sinon ce serait invivable. Mais חס ושלום de ne pas réparer les erreurs.
Le Rav Kook : l’Ayin Tova et l’עבודת ה׳
Deuxième source : le רב קוק. À quel point l’Ayin Tova a des conséquences sur notre עבודת ה׳.
Il dit, en substance : le fondement de toute notre morale dépend de notre regard sur la vie. Est-ce qu’on regarde la vie avec Ayin Tova ou avec un œil trop critique ?
« Bienveillant » n’est pas tout à fait le bon mot. C’est plutôt « objectif » : un œil qui se souvient de l’objectivité des choses. Il voit ce qu’il faut réparer, mais le remet à sa place. Dire que, בגדול, la vie est positive — avoir une sympathie de base envers la vie, un rapport fondamental : « c’est bien. » Je suis assez content de la manière dont Hachem a créé le monde, m’a créé, dirige le monde. Alors quand je vois des choses à réparer, je m’y mets avec sérénité, et je commence à améliorer.
Quelqu’un qui regarde le monde avec colère et négativité permanente — même s’il veut « améliorer », ce ne sera pas une amélioration sereine. Ça sera : « on casse tout, on recommence. » Un côté anarchiste : l’œil trop critique le fait agir מתוך une colère intérieure, il veut déraciner la situation présente.
L’exemple du potager. Deux personnes ont un potager. Ça avance doucement, ça prend du temps. Celui qui a l’Ayin Tova se dit : בגדול ça pousse, la terre est bien, la luminosité ça va, l’eau on fait ce qu’on peut. Il améliore : il coupe les mauvaises herbes, ajoute ce qu’il faut, et il a de la patience. Il a aussi de l’אמונה — la certitude que les choses vont avancer. L’autre regarde : « ça fait deux mois que j’ai planté, il n’y a rien de bien, ça prend de la place, c’est mauvais. » Il jette tout. Plus de potager. Absolutiste, sans patience, incapable de voir l’avancée des petites choses.
Il faut donc juger la vie objectivement : est-ce qu’il y a plus de bien que de mal, en quantité et en qualité ? Se rappeler que la situation générale est la normalité, et qu’ensuite il y a des épisodes anormaux.
Le יצר הרע veut prendre un épisode anormal et en faire une généralité, faire oublier que c’est un épiphénomène. Exemple : un Rav donne des cours depuis des années, les gens apprécient. Une fois, un cours se passe mal. Il se dit : « Je ne suis pas intéressant, je ne dois plus venir. » Il faut savoir identifier les épiphénomènes et ne pas les laisser redéfinir la réalité globale.
Et parfois l’inverse existe aussi : au niveau fréquent c’est moyen, mais il y a des événements très positifs, très forts, qui peuvent redéfinir la situation générale. Ça existe également.
L’invité et la Hashga’ha : troisième source
Troisième source, dans la גמרא ברכות. Qu’est-ce que dit un bon invité, אורח טוב ? « Waouh, c’est fou comme le בעל הבית s’est efforcé pour moi. » Il voit chaque salade, chaque détail — « tout ça pour moi, incroyable. »
Et qu’est-ce que dit le mauvais invité, אורח רע ? « C’était pour lui, pour sa femme, pour ses enfants, pas pour moi. » Il minimise tout : « il n’a rien fait pour moi. »
La réalité est la même. Même maison, même Shabbat, même hôte. L’un prend tout avec gratitude, l’autre avec dénigrement.
Et nous, on est tous des invités dans le monde de הקדוש ברוך הוא. On est invités dans העולם הזה. La question est : qu’est-ce qu’on regarde ? Est-ce qu’on voit à quel point Hachem a fait des choses incroyables — le ciel bleu, les fleurs de toutes les couleurs, les goûts, les expériences positives ? Ou bien : « qu’est-ce que je fais là, ce n’est pas mon monde, ce n’est pas pour moi » ?
Il y a des gens qui tiennent des discours désespérants contre la providence. Ils rassemblent tout ce qui va mal et concluent : « Apparemment il n’y a pas de Dieu, pas de השגחה. » « Où était Dieu pendant la Shoah ? Où était Dieu le 7 octobre ? »
Parenthèse — une réponse importante. Un Rav répondait à des athées : « Le Dieu dans lequel vous ne croyez pas, moi non plus je n’y crois pas. » Cela veut dire : vous avez une définition infantile de Dieu — « il doit faire le bien que moi je comprends ». Si Dieu existait, il devrait faire ce que moi je juge bien. Et vu qu’il y a la Shoah et le 7 octobre, CQFD Dieu n’existe pas. Cette définition-là, non, moi non plus je n’y crois pas. Ma définition de Dieu : il fait le bien, mais pas forcément un bien à la taille de mon cerveau. L’existence de Dieu n’a donc rien à voir avec le bien que j’arrive à voir dans le monde.
Mais malgré tout, ces discours peuvent affaiblir la אמונה.
Et ici le Rav rappelle : il n’y a rien de « rationnel prouvé » qui tranche. C’est une décision intérieure — qu’est-ce qu’on décide de regarder ? Les deux existent. On peut toujours trouver des choses négatives, même en Israël : vie chère, guerre, confrontations internes. C’est vrai. Mais choisir de ne regarder que ça, leur donner toute la place, c’est un choix.
Et il y a l’autre choix : regarder aussi le positif. Dire : « C’est mieux qu’à l’époque de la Shoah, on est une majorité, on a construit, il y a un processus, des choses négatives qui ont disparu. » C’est aussi vrai. Donc c’est un choix : qu’est-ce qu’on décide de regarder ?
Et il y a un mécanisme de השלכה — projection. Si toi, quand tu invites, tu es content, tu fais plus, tu accueilles avec le sourire, tu veux que les gens se sentent bien — alors quand tu es invité, tu vois ça chez l’autre. Inversement, si quelqu’un n’aime pas inviter, il va chercher la petite bête. Il va la trouver, parce que le monde est complexe et il y a toujours des failles. Mais choisir de prendre toutes ces failles et dire « ça c’est la réalité » — c’est un choix.
Donc : si tu cherches à faire le bien, tu regardes le monde en mode « waouh Hachem, c’est fou tout le bien ». Tu es persuadé que הכל לטובה, que même les choses mauvaises ont une fin bonne. Tu seras שמח, un vrai עובד ה׳, positif envers les gens, persuadé que tout va vers le bien — et ce qui n’est pas encore bien, ça va le devenir.
Parenthèse Hanouka : le petit qui ne se voit pas
Pourquoi les יוונים n’ont-ils pas vu le פך קטן, la petite fiole d’huile ? Plusieurs réponses.
Première : le פך représente le côté intérieur, ce qu’on ne voit pas. Les Grecs : « il n’y a que ce que je vois. » Donc ils ne le voient pas.
Deuxième : ils l’ont vu, mais c’était קטן — trop petit pour valoir le coup. Ils ont זלזלו בזה, méprisé : « ça n’existe pas, ça ne compte pas. »
Nous, c’est l’inverse. Si c’est petit mais lié à des valeurs, ce petit n’est pas petit. Il est petit en quantité, mais énorme en qualité. L’עין טובה voit le פך, et ne dit pas « c’est grand ». Elle dit : « c’est קטן, mais j’y crois. Ce petit-là peut tout transformer, au-delà de ce que je vois. » C’est pour ça que ça a tenu huit jours, au-delà de la nature.
Quel lien entre les deux miracles de Hanouka — l’huile et la guerre ? Dans les deux cas, ce n’est pas ce que tu vois qui définit le regard. Une petite fiole : un jour maximum. Les Grecs : « je laisse, ça ne sert à rien. » Les מכבים : on est peu, eux sont nombreux, « ça ne sert à rien de se battre. » Et pourtant : ce qui définit le regard, c’est à quoi ce petit est lié. Si c’est lié à des valeurs éternelles, c’est capable de vaincre un empire.
L’עין רעה ne voit pas les petites choses de bien, dit « ça n’existe pas ». L’Ayin Tova dit : « c’est vrai, c’est petit, je n’ai pas dit que c’est grand, mais c’est lié à du vrai. » Ça rappelle l’exercice de noter les petites choses positives, de leur donner une place d’exister.
C’est donc un libre arbitre de savoir quoi regarder. Est-ce qu’on a un rapport de positivité envers la vie ? C’est notre choix.
Ça fait penser aux enfants. Les enfants font des choses bien, font des bêtises, mais le rapport général c’est : on les aime, on est content qu’ils existent, on est reconnaissant. Même avec la critique, on est heureux qu’ils soient comme ils sont aujourd’hui. Et sur cette base, on améliore. Même quand ils rendent fou, on ne remet pas en question la base.
De même : on ne remet pas en question la base que Hachem a créé un monde qui est bon, qui va vers le bon, dirigé de manière טובה. Pas ça. Après, il y a des événements — parfois il faut faire la guerre, aller contre les Grecs même si c’est risqué. Mais on ne remet pas en question la base.
Les deux patiences : la bonne et la mauvaise
Dernier point : la סבלנות, la patience — il y en a deux sortes, une bonne et une mauvaise.
L’Ayin Tova influence notre rapport à la vie et aux gens, et donc la vie et les gens auront aussi un rapport différent envers nous. S’il y a un endroit où investir, c’est là, parce que ça structure énormément notre rapport au monde entier.
Il y a une סבלנות טובה, une patience louée : une patience qui améliore le monde, qui l’amène vers son amélioration.
Et il y a une mauvaise patience — pas du יאוש explicite, mais c’est ça en réalité : une patience négative qui vient du fait que « rien n’a d’importance », « tout ne vaut rien ». Et donc si tout ne vaut rien, bien sûr qu’on a de la patience… parce qu’on s’en fout. Ce n’est plus de la patience, c’est du je-m’en-foutisme, c’est du désespoir sur la capacité d’améliorer.
Exemple : ton enfant fait n’importe quoi dans la maison, il prend un tuyau d’arrosage, le rentre dans le salon et fait une piscine. Et tu regardes serein. « Waouh quelle patience. » Non — ce n’est pas de la patience, c’est du je-m’en-foutisme. C’est renoncer à l’amélioration.
Et ça vient de l’עין רעה : étant donné qu’on ne voit que le négatif, on se dit « tout est négatif, alors pourquoi se fatiguer à améliorer ? » On laisse.
La bonne patience, c’est autre chose. C’est celle qui voit le mal, qui améliore ce qu’elle peut, et pour ce qu’elle ne peut pas améliorer, elle a une patience qui n’abandonne pas mais qui met sa confiance en Hachem.
Il y a des choses qu’on ne peut pas faire seul. Aujourd’hui on ne peut pas détruire totalement le חמאס, on ne peut pas détruire une idéologie — même si on détruit des gens, l’idéologie reste. Il y a des choses au-delà de nos mains.
Face à ce qu’on ne peut pas changer, on a de la patience. Pas une patience qui renonce et dit « de toute façon rien ne vaut la peine. » Non. Une patience qui dit : הקדוש ברוך הוא tient les contraires, répare, unit, remplit les manques. Lui sait ce qu’Il fait. J’ai de la patience parce que je sais que c’est géré par Quelqu’un qui mène les choses vers le bien.
La bonne patience n’est donc pas une patience qui s’en fout. C’est une patience qui regarde le bien, qui sait que tout va vers le bien. Ce qu’on peut améliorer, on s’y met. Ce qu’on ne peut pas, on a confiance que ça s’améliorera.
L’עין טובה, en résumé : voir la définition globale — la vraie, l’objective — et ensuite identifier ce qu’il faut réparer. Ce n’est pas du mytho. C’est le regard le plus juste, le plus réaliste, et finalement le plus efficace pour agir dans le monde.
(Texte retranscrit à partir de la vidéo par IA)


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